Rapports Anses 2026 sur le Cadmium : ce qu'il faut retenir
Le Cadmium a une particularité qui complique sa prévention : une fois absorbé, il s'élimine très lentement de l'organisme. Une exposition répétée, même à faibles doses, peut donc contribuer à une accumulation au fil des années.
Les travaux publiés par l'Anses en 2026 confirment que le sujet reste important en France. Selon l'EAT3, entre 23 % et 27 % des enfants de 3 à 17 ans dépassent la dose journalière tolérable pour l'exposition alimentaire au Cadmium. Chez les adultes de 18 à 79 ans, ce dépassement concernerait 1,4 % à 1,6 % de la population étudiée.
Autre enseignement majeur : pour réduire durablement l'exposition, l'Anses insiste surtout sur les mesures prises à la source, notamment la réduction du Cadmium apporté aux sols agricoles par certaines matières fertilisantes.
Alors, d'où vient le Cadmium auquel nous sommes exposés ? Que recommandent les autorités sanitaires ? Et les nouvelles réglementations peuvent-elles réellement changer la situation ?
Deux travaux pour mieux comprendre l'exposition au Cadmium
Le 12 février 2026, l'Anses a rendu publics les premiers résultats de sa troisième Étude de l'alimentation totale (EAT3). Cette étude estime l'exposition alimentaire de la population à partir des aliments consommés et des teneurs en contaminants mesurées.
Un second avis de l'Anses, daté du 18 février 2026 et rendu public en mars, est consacré aux leviers d'action permettant de réduire l'imprégnation de la population au Cadmium.
Selon l'EAT3, entre 23 % et 27 % des enfants de 3 à 17 ans dépassent la dose journalière tolérable fixée à 0,35 microgramme par kilogramme de poids corporel et par jour (0,35 µg/kg pc/j). Chez les adultes de 18 à 79 ans, ce dépassement concerne 1,4 % à 1,6 % de la population.
Cette dose journalière tolérable, ou DJT, est une valeur sanitaire de référence utilisée pour évaluer le risque lié à une exposition chronique par ingestion. Elle ne correspond pas à la quantité de Cadmium contenue dans un seul repas : l'EAT3 estime l'exposition alimentaire habituelle de la population.
Le Cadmium, c'est quoi déjà ? Un rappel express
Le Cadmium est un élément trace métallique naturellement présent dans l'environnement. Certaines activités humaines peuvent toutefois augmenter ses apports dans les sols, notamment l'utilisation de certains engrais phosphatés et certaines activités industrielles. La fumée de tabac constitue également une source importante d'exposition humaine.
Une fois absorbé, le Cadmium s'élimine très lentement et s'accumule principalement dans les reins et le foie. Cette élimination lente explique pourquoi une exposition ancienne peut encore influencer les niveaux mesurés plusieurs années plus tard.
Pour comprendre précisément ce qu'est le Cadmium, son origine et son comportement dans l'environnement, nous avons consacré un article complet à ce sujet : Cadmium : qu'est-ce que c'est vraiment ?
Premier levier : réduire le Cadmium à la source
L'un des messages importants de l'expertise de l'Anses est qu'il ne suffit pas de demander aux consommateurs de modifier leur alimentation. Pour réduire durablement l'exposition de la population, il faut d'abord agir sur les sources de contamination.
Parmi les principaux leviers figurent les matières fertilisantes, en particulier les engrais minéraux phosphatés. Le Cadmium est naturellement présent dans les roches phosphatées utilisées pour fabriquer ces engrais. Une partie peut être apportée aux sols agricoles puis être absorbée par les plantes.
Pour les fertilisants UE relevant du règlement européen 2019/1009, la teneur maximale est fixée à 60 mg de Cadmium par kg de P₂O₅. Le P₂O₅ est la forme conventionnelle utilisée pour exprimer la teneur en phosphore de ces engrais.
L'Anses recommande d'aller plus loin, avec une concentration inférieure ou égale à 20 mg de Cadmium par kg de P₂O₅ pour les engrais minéraux phosphatés et un flux annuel de Cadmium ne dépassant pas 2 g par hectare et par an.
Dès 2016, la Commission européenne avait proposé une diminution progressive de la teneur maximale en Cadmium des engrais phosphatés jusqu'à 20 mg/kg de P₂O₅. Le règlement finalement adopté en 2019 a retenu la limite de 60 mg/kg de P₂O₅ pour les fertilisants UE et prévu un réexamen de ces valeurs en 2026.
Cependant, en France, certains engrais phosphatés relevant du régime national peuvent encore contenir jusqu'à 90 mg de Cadmium par kg de P₂O₅. Les fertilisants UE relevant du règlement européen 2019/1009 sont, eux, soumis à une limite de 60 mg/kg de P₂O₅. L'Anses recommande d'aller plus loin, avec une teneur inférieure ou égale à 20 mg de Cadmium par kg de P₂O₅.
Des limites réglementaires existent aussi dans les aliments
L'Union européenne fixe également des teneurs maximales en Cadmium pour différentes catégories d'aliments. Ces valeurs ont été établies ou modifiées à différentes dates.
- Riz : le règlement UE 2021/1323 a fixé une teneur maximale de 0,15 mg/kg pour le riz, contre 0,20 mg/kg auparavant.
- Pommes de terre : la teneur maximale de 0,10 mg/kg, applicable au produit pelé, figurait déjà dans la réglementation européenne adoptée en 2014.
- Chocolat : selon le type de produit et sa teneur en cacao, les teneurs maximales vont notamment de 0,10 à 0,80 mg/kg. Ces valeurs ont été fixées en 2014 et sont applicables depuis le 1er janvier 2019.
Le règlement UE 2023/915 reprend aujourd'hui ces teneurs dans le cadre réglementaire européen sur les contaminants présents dans les denrées alimentaires.
Attention : ces valeurs sont des teneurs maximales réglementaires. Ce sont des plafonds à ne pas dépasser. Elles ne correspondent pas aux teneurs moyennes réellement mesurées dans les aliments.
Pour savoir quels aliments contribuent le plus à l'exposition et comment conserver une alimentation équilibrée, consultez notre article dédié : Cadmium et alimentation : ce qu'il faut savoir.
Les effets des mesures récentes ne sont pas encore tous visibles
L'échantillonnage de l'EAT3 s'est achevé en août 2022. L'Anses souligne donc que l'impact éventuel de la diminution de plusieurs teneurs maximales en Cadmium dans les aliments intervenue en 2021, ainsi que celui des dispositions européennes concernant les fertilisants, n'est pas encore pleinement visible dans les résultats de l'étude.
L'objectif de ces mesures est de réduire l'exposition. En revanche, les données actuellement disponibles ne permettent pas de prévoir précisément l'ampleur ni la vitesse de cette diminution dans la population.
L'enquête nationale Albane, menée par Santé publique France et l'Anses, doit apporter de nouvelles données de biosurveillance. Son premier cycle couvre la période 2025-2026 et les premiers résultats de biosurveillance sont annoncés à partir de 2028.
Le cacao sous surveillance internationale
L'EAT3 signale également l'attention portée au niveau international à la contamination du cacao par le Cadmium.
Les données disponibles ne permettent toutefois pas à l'Anses de déterminer précisément la contribution du cacao utilisé comme ingrédient à l'exposition alimentaire totale. L'agence estime donc que des travaux complémentaires sont nécessaires pour mieux caractériser cette contribution.
Cette incertitude ne justifie pas, à elle seule, de supprimer le chocolat ou le cacao de son alimentation. Elle souligne surtout la nécessité d'améliorer les connaissances et la surveillance de cette source potentielle d'exposition.
Milieu professionnel : une réglementation spécifique
L'expertise Anses 2026 concerne la population générale. Les travailleurs exposés au Cadmium relèvent, eux, d'une réglementation spécifique en matière de santé au travail.
L'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) indique qu'une valeur limite d'exposition professionnelle (VLEP) de 0,004 mg/m³ est actuellement applicable au Cadmium et à ses composés inorganiques pour la fraction inhalable, sur une durée de référence de 8 heures.
Cette valeur sera abaissée à 0,001 mg/m³ à compter du 12 juillet 2027, soit une diminution de 75 %. Les entreprises concernées devront assurer le respect de cette nouvelle limite en adaptant si nécessaire les mesures de prévention, en privilégiant la réduction de l'exposition à la source et les protections collectives.
Une valeur limite biologique réglementaire de 2 microgrammes de Cadmium par gramme de créatinine dans les urines s'applique également dans le cadre de la surveillance des travailleurs concernés.
Les femmes enceintes ou allaitantes ne peuvent par ailleurs être affectées ou maintenues à certains postes les exposant à des composés minéraux du Cadmium visés par la réglementation.
Pour en savoir plus sur les risques pour la santé associés au Cadmium, rendez-vous sur notre article : Cadmium : quels sont les vrais dangers pour votre santé ?
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
L'Anses insiste sur un point important : il n'est pas pertinent de faire reposer la prévention du Cadmium uniquement sur l'éviction individuelle de certains aliments. La réduction durable de l'exposition passe d'abord par des mesures prises à la source.
À titre individuel, quelques principes simples restent néanmoins utiles :
- Ne pas fumer : le tabac constitue une source évitable importante de Cadmium. Dans l'étude Esteban, les fumeurs adultes présentaient des niveaux de Cadmium urinaire supérieurs de plus de 50 % à ceux des non-fumeurs.
- Conserver une alimentation variée : plutôt que de bannir un aliment en particulier, l'objectif est de diversifier son alimentation dans le respect des repères nutritionnels généraux.
- Varier les sources d'approvisionnement lorsque cela est possible : diversifier les provenances peut limiter le risque d'être régulièrement exposé à une même source particulièrement contaminée.
- En cas de sol localement connu comme pollué : suivre les recommandations sanitaires ou locales concernant la culture et la consommation des productions du potager.
Pour un tour d'horizon complet des sources d'exposition dans votre quotidien, consultez notre article : Cadmium au quotidien : êtes-vous exposé sans le savoir ?
Pourquoi parle-t-on aussi de 47,6 % des adultes ?
Un autre chiffre revient souvent lorsqu'on parle du Cadmium : 47,6 % des adultes de 18 à 60 ans dépassaient une concentration critique de 0,5 microgramme de Cadmium par gramme de créatinine dans les urines dans l'étude Esteban.
Cette donnée ne provient pas de prélèvements réalisés en 2026. Elle est issue de l'étude Esteban menée en 2014-2016 par Santé publique France et publiée en 2021. L'Anses s'appuie notamment sur ces résultats dans son expertise de 2026.
Ce chiffre ne mesure pas la même chose que les 1,4 % à 1,6 % de dépassement observés chez les adultes dans l'EAT3. L'EAT3 estime l'exposition alimentaire chronique, tandis que le Cadmium urinaire renseigne surtout sur l'imprégnation accumulée au fil du temps.
Les populations étudiées ne sont pas non plus exactement les mêmes : l'EAT3 porte sur les adultes de 18 à 79 ans, tandis que le chiffre de 47,6 % issu d'Esteban concerne les adultes de 18 à 60 ans.
La concentration de 0,5 microgramme par gramme de créatinine est une concentration critique retenue par l'Anses pour l'évaluation du risque, notamment au regard des effets osseux. Son dépassement ne constitue pas un diagnostic individuel et ne signifie pas que 47,6 % des adultes souffrent d'une maladie liée au Cadmium.
FAQ : vos questions sur les rapports Anses 2026
Pourquoi 47,6 % des adultes dépassaient-ils la concentration critique alors que seulement 1,4 % à 1,6 % dépassent la DJT dans l'EAT3 ?
Parce que ces deux indicateurs ne mesurent pas la même chose.
La dose journalière tolérable de 0,35 microgramme par kilogramme de poids corporel et par jour est une valeur sanitaire de référence pour l'exposition chronique par ingestion. L'EAT3 estime l'exposition alimentaire habituelle et la compare à cette valeur.
Le Cadmium urinaire reflète surtout l'exposition chronique et la charge corporelle accumulée au fil du temps. Les deux indicateurs sont donc complémentaires et ne peuvent pas être comparés directement.
Les limites réglementaires sur le riz, les pommes de terre ou le chocolat peuvent-elles réduire l'exposition ?
Elles peuvent y contribuer en limitant les teneurs les plus élevées mises sur le marché. Mais elles ne constituent qu'un levier parmi d'autres.
La teneur maximale applicable au riz a notamment été abaissée en 2021. Pour le chocolat, les limites actuellement reprises par le règlement UE 2023/915 sont applicables depuis 2019.
L'Anses considère par ailleurs qu'une réduction durable de l'exposition nécessite également d'agir en amont, notamment sur les apports de Cadmium aux sols agricoles.
Le Cadmium est-il un problème récent ?
Non. Le Cadmium est naturellement présent dans l'environnement et l'exposition humaine à ce métal n'est pas nouvelle. Certaines activités humaines peuvent toutefois augmenter les apports de Cadmium dans les sols et l'environnement, notamment l'utilisation de certains engrais phosphatés et certaines activités industrielles.
Ce qui évolue aujourd'hui, ce sont les connaissances disponibles sur l'exposition et l'imprégnation de la population, ainsi que les mesures proposées pour les réduire.
Mon enfant mange beaucoup de céréales au petit déjeuner. Dois-je m'inquiéter ?
L'étude Esteban a observé chez les enfants de 6 à 17 ans une association positive entre la consommation de céréales du petit déjeuner et les niveaux de Cadmium urinaire.
Cette association statistique ne signifie pas qu'une marque ou qu'un type précis de céréales est à lui seul responsable de l'imprégnation d'un enfant. L'objectif n'est donc pas de supprimer systématiquement ces aliments à cause du Cadmium, mais de conserver une alimentation variée et équilibrée.
Quand saura-t-on si l'imprégnation de la population diminue ?
L'enquête nationale Albane doit apporter de nouvelles données de biosurveillance. Son premier cycle porte sur la période 2025-2026 et Santé publique France annonce des premiers résultats de biosurveillance à partir de 2028.
La date de publication des résultats concernant spécifiquement le Cadmium n'est toutefois pas encore connue. Leur interprétation devra également tenir compte du fait que le Cadmium s'élimine très lentement et peut persister dans l'organisme pendant plusieurs décennies.
Sources
- Anses — Cadmium : réduire l'exposition de la population (2026)
- Anses — Troisième étude de l'alimentation totale (EAT3), tome 1 (février 2026)
- Anses — Priorisation des leviers d'action pour réduire l'imprégnation de la population au Cadmium (2026)
- Santé publique France — Étude Esteban : exposition de la population française aux métaux (2021)
- Santé publique France — Enquête nationale Albane
- EUR-Lex — Règlement (UE) 2021/1323 modifiant les teneurs maximales en Cadmium dans certaines denrées alimentaires
- EUR-Lex — Règlement (UE) n° 488/2014 relatif aux teneurs maximales en Cadmium dans les denrées alimentaires
- EUR-Lex — Règlement (UE) 2023/915 concernant les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires
- EUR-Lex — Règlement (UE) 2019/1009 relatif aux fertilisants UE
- Commission européenne — Proposition de règlement sur les fertilisants, COM(2016) 157
- INRS — Valeurs limites d'exposition professionnelle : Cadmium et composés inorganiques
- INRS — Biotox : Cadmium urinaire (version septembre 2024)
Ces informations sont fournies à titre général et éducatif. Elles ne remplacent pas un avis médical personnalisé. En cas de situation particulière d'exposition ou de question concernant votre santé, parlez-en à un professionnel de santé.