Cadmium dans les engrais : 20 mg/kg en 2030, que vient vraiment de décider la France ?

Le 2 octobre 2026, le Gouvernement français a annoncé une accélération importante de la réduction du Cadmium dans les engrais phosphatés : 60 mg de Cadmium par kilogramme de P₂O₅ en 2027, 40 mg/kg en 2028, puis 20 mg/kg en 2030.

Quelques mois plus tôt, l'Assemblée nationale avait déjà voté une proposition de loi visant elle aussi les 20 mg/kg en 2030. Son examen au Sénat est désormais prévu le 22 octobre 2026. Alors, la loi est-elle définitivement votée ? Que peut changer cette étape ? Et surtout : qu'est-ce que cela peut réellement changer dans nos sols et, à terme, dans notre alimentation ?

Rassurez-vous : derrière le jargon réglementaire, l'idée est assez simple. La France veut réduire beaucoup plus rapidement la quantité de Cadmium apportée aux sols par les engrais phosphatés.

Pourquoi trouve-t-on du Cadmium dans les engrais ?

Le Cadmium n'est pas ajouté volontairement aux engrais. Il est naturellement présent dans certaines roches phosphatées utilisées pour les fabriquer.

Imaginez une toute petite quantité de métal qui arrive dans un champ avec les fertilisants. Une fois dans le sol, elle ne disparaît pas à la saison suivante. Elle peut y rester très longtemps, s'ajouter aux apports précédents et, dans certaines conditions, être absorbée par les plantes.

C'est ce qui rend le sujet important : le Cadmium joue sur le temps long.

Les engrais ne sont toutefois pas la seule origine du Cadmium présent dans les sols. Une partie est naturellement liée à la géologie, tandis que d'autres apports proviennent notamment des activités humaines passées.

Selon l'INRAE, les engrais phosphatés représentent aujourd'hui environ 50 à 70 % des entrées annuelles de Cadmium dans les sols agricoles.

→ INRAE : pourquoi y a-t-il du Cadmium dans les sols et comment le retrouve-t-on dans l'alimentation ?

Et si vous découvrez le sujet, nous expliquons ici simplement ce qu'est le Cadmium, d'où il vient et pourquoi il s'accumule dans l'organisme.

Ce que le Gouvernement vient d'annoncer

Le calendrier annoncé est facile à retenir. Le seuil de 2027 est fixé par un arrêté publié ; les étapes de 2028 et 2030 restent en projet :

Petit détail important : ces valeurs ne signifient pas « 20 mg de Cadmium par kilogramme d'engrais ». La réglementation exprime la teneur en milligrammes de Cadmium par kilogramme de P₂O₅, c'est-à-dire d'anhydride phosphorique.

Le changement est notable. Jusqu'ici, la limite française pouvait atteindre 90 mg/kg de P₂O₅. La France s'engage donc vers une réduction progressive beaucoup plus importante.

Le Gouvernement indique que l'objectif final de 20 mg/kg de P₂O₅ en 2030 correspond à la cible recommandée par l'Anses.

→ Lire le communiqué officiel du Gouvernement du 2 octobre 2026

Décret, arrêté, loi : où en est-on vraiment ?

C'est probablement la partie qui a créé le plus de confusion dans les articles publiés ces derniers jours.

Première chose : un nouveau cadre réglementaire a bien été publié au Journal officiel. Le décret n° 2026-919 du 18 septembre 2026 organise les critères d'innocuité applicables aux matières fertilisantes.

→ Consulter le décret n° 2026-919 sur Légifrance

Un arrêté associé fixe notamment le seuil de 60 mg de Cadmium/kg de P₂O₅ à partir du 1er janvier 2027.

→ Consulter l'arrêté sur Légifrance

Pour les étapes suivantes, le Gouvernement propose 40 mg/kg de P₂O₅ en 2028 puis 20 mg/kg en 2030. Le projet d'arrêté complémentaire est soumis à consultation publique du 5 octobre au 9 novembre 2026 inclus et relève également de la procédure européenne prévue.

Le projet prévoit des rapports d'évaluation avant ces échéances. Le calendrier pourrait être adapté selon les conséquences technologiques, économiques et les conditions d'approvisionnement.

→ Consulter le projet d'arrêté et participer à la consultation publique

Autrement dit : le cap des 20 mg en 2030 est officiellement annoncé, mais il ne faut pas faire dire au décret publié qu'il contient déjà à lui seul tout le calendrier jusqu'en 2030.

Et la proposition de loi votée par l'Assemblée ?

Elle poursuit son chemin : son examen en séance publique au Sénat est inscrit au 22 octobre 2026.

Le 3 juin 2026, l'Assemblée nationale a adopté une proposition de loi prévoyant :

Le texte peut encore être modifié par le Sénat. La date de son examen ne signifie donc pas que la loi est définitivement adoptée, ni qu'elle entre en vigueur le 22 octobre.

→ Suivre la proposition de loi sur le site officiel du Sénat

En clair : deux chemins, presque la même destination

2027 2028 2030
Gouvernement 60 mg/kg (arrêté publié) 40 mg/kg (projet) 20 mg/kg (projet)
Texte voté par l'Assemblée 40 mg/kg 40 mg/kg 20 mg/kg

Toutes les valeurs du tableau sont exprimées en mg de Cadmium/kg de P₂O₅. Le texte voté par l'Assemblée n'est pas encore une loi définitivement adoptée.

Voilà l'essentiel : le Gouvernement et l'Assemblée nationale convergent désormais vers 20 mg/kg de P₂O₅ en 2030. Ils diffèrent surtout sur la vitesse à laquelle il faut descendre entre 2027 et 2028.

Le Sénat reste donc important pour la proposition de loi, mais son examen n'empêche pas le Gouvernement d'avancer parallèlement par voie réglementaire.

Pourquoi la France accélère-t-elle maintenant ?

Parce que les données accumulées ces dernières années ont renforcé l'idée qu'il faut agir à la source.

En 2026, l'Anses a publié plusieurs travaux importants sur l'exposition de la population française au Cadmium. L'un des messages est particulièrement clair : pour réduire durablement l'imprégnation de la population, il ne suffit pas de demander aux consommateurs de changer leur alimentation. Il faut aussi diminuer l'arrivée du Cadmium dans la chaîne alimentaire.

Et parmi les leviers identifiés, la réduction du Cadmium apporté aux sols par certaines matières fertilisantes occupe une place centrale.

Nous avons détaillé ces résultats dans notre dossier Rapport Anses 2026 sur le Cadmium : ce qu'il faut retenir.

Cette décision intervient aussi dans un contexte français particulier : les niveaux d'imprégnation mesurés dans la population française sont élevés par rapport à plusieurs pays européens ou nord-américains. Nous expliquons les raisons de cet écart dans notre article Pourquoi la France est-elle plus exposée au Cadmium ?

Pourquoi ne pas passer directement à 20 mg/kg ?

Parce qu'un engrais n'est pas une recette dont on retire simplement une pincée de Cadmium.

Les engrais phosphatés sont fabriqués à partir de roches dont la teneur naturelle en Cadmium varie fortement selon leur origine. Plus la limite réglementaire baisse, plus il faut disposer de ressources naturellement pauvres en Cadmium ou être capable de traiter les phosphates pour en retirer une partie.

Or la France dépend largement des importations de phosphates. Une baisse brutale du seuil peut donc avoir des conséquences sur les fournisseurs disponibles et sur le prix des fertilisants.

Des procédés de « décadmiation » existent ou sont étudiés, mais leur déploiement à grande échelle soulève encore des questions techniques, économiques et environnementales.

C'est tout l'enjeu du calendrier : aller assez vite pour réduire les apports de Cadmium, sans provoquer de rupture d'approvisionnement en engrais phosphatés.

→ Consulter le rapport interministériel consacré à l'abaissement du Cadmium dans les engrais

Est-ce que le Cadmium va rapidement diminuer dans nos aliments ?

Non. Et c'est probablement le point le plus important à comprendre.

Réduire le Cadmium dans les engrais permet surtout de diminuer les nouveaux apports aux sols. Cela ne fait pas disparaître celui qui s'y trouve déjà.

Les sols ont une très longue mémoire.

Le Cadmium peut y rester pendant des décennies, voire beaucoup plus longtemps. Et son passage dans les plantes dépend de nombreux paramètres : nature du sol, pH, matière organique, espèce cultivée, variété...

Les simulations reprises par le rapport interministériel montrent des résultats variables selon les hypothèses retenues, notamment les pratiques de fertilisation et les sorties de Cadmium du sol. Certaines envisagent une diminution de quelques pourcents du Cadmium des sols sur un siècle.

Ces simulations ne permettent pas de prévoir une baisse identique dans tous les sols français. Elles montrent surtout une chose : les effets sont très lents.

Ce n'est pas une raison pour ne rien faire. C'est même plutôt l'inverse : lorsqu'un contaminant reste aussi longtemps dans les sols, éviter de continuer à l'ajouter devient particulièrement important.

Et dans votre assiette, qu'est-ce que cela change ?

À court terme, presque rien.

Votre pain, vos pâtes ou vos pommes de terre ne vont évidemment pas changer de teneur en Cadmium le 1er janvier 2027.

Il serait également faux d'imaginer que diviser par plusieurs fois la teneur maximale des engrais divisera automatiquement par le même facteur la teneur des aliments.

En revanche, à long terme, l'objectif est clair : réduire la quantité de Cadmium que l'agriculture ajoute année après année aux sols, afin de limiter leur accumulation future et la pression exercée sur les cultures.

Pour le consommateur, les conseils restent donc les mêmes : garder une alimentation variée, éviter de concentrer régulièrement son alimentation sur quelques produits très contributeurs et raisonner l'exposition dans son ensemble plutôt que de chercher un aliment « avec » ou « sans » Cadmium.

2026 : le Cadmium devient clairement un sujet de politique sanitaire

Cette nouvelle réglementation n'arrive pas seule.

En quelques mois, les travaux de l'Anses ont remis l'exposition au Cadmium au premier plan, l'Assemblée nationale a voté une proposition de loi, le Gouvernement a accéléré le calendrier des engrais et, depuis juin 2026, les dosages biologiques du Cadmium peuvent également être pris en charge par l'Assurance maladie dans les conditions prévues.

Nous expliquons ce dernier changement ici : Cadmium : la Sécurité sociale rembourse les dosages sanguins et urinaires depuis juin 2026.

Pris séparément, chacun de ces changements peut paraître technique. Ensemble, ils montrent surtout que la prévention de l'exposition au Cadmium est désormais traitée beaucoup plus directement par les pouvoirs publics.

Ce qu'il faut retenir

En résumé, ce n'est pas un coup de baguette magique. C'est plutôt comme fermer progressivement un robinet qui coule depuis longtemps : l'eau déjà présente ne disparaît pas immédiatement, mais on évite d'en rajouter autant chaque année.

FAQ

Une loi sur le Cadmium a-t-elle été définitivement votée en France ?

Non. L'Assemblée nationale a adopté une proposition de loi le 3 juin 2026, dont l'examen au Sénat est prévu le 22 octobre 2026. En parallèle, le Gouvernement avance par voie réglementaire sur les seuils applicables aux engrais phosphatés.

Quand la proposition de loi sur le Cadmium passe-t-elle au Sénat ?

Son examen en séance publique est prévu le 22 octobre 2026. Le Sénat peut encore modifier le texte : cette date ne correspond pas à son entrée en vigueur.

Que s'est-il passé le 2 octobre 2026 ?

Le Gouvernement a officiellement annoncé une nouvelle trajectoire : 60 mg de Cadmium/kg de P₂O₅ en 2027, 40 mg en 2028 puis 20 mg en 2030. Le nouveau cadre réglementaire applicable à partir de 2027 a également été publié au Journal officiel.

Le seuil de 20 mg/kg en 2030 est-il déjà dans le décret ?

Non. Le décret fixe le cadre réglementaire général. Un arrêté associé prévoit 60 mg/kg de P₂O₅ pour 2027. Les seuils de 40 mg en 2028 et 20 mg en 2030 figurent dans le projet d'arrêté soumis à consultation publique ; ils ne sont pas encore définitivement fixés.

Jusqu'à quand peut-on participer à la consultation publique sur le Cadmium dans les engrais ?

Jusqu'au 9 novembre 2026 inclus, depuis la page du ministère de l'Agriculture. Elle porte sur le projet d'arrêté, indépendamment de l'examen de la proposition de loi au Sénat.

Le Sénat peut-il encore changer les choses ?

Oui, pour la proposition de loi votée par l'Assemblée nationale. Les sénateurs peuvent la modifier. Cela ne signifie toutefois pas que les mesures réglementaires prises séparément par le Gouvernement disparaîtraient automatiquement.

Est-ce que le Cadmium des aliments va diminuer dès 2027 ?

Non. Les nouvelles règles concernent d'abord les apports de Cadmium aux sols par les engrais. Les sols évoluent lentement et le transfert du Cadmium vers les cultures dépend de nombreux facteurs. Les effets éventuels sur les aliments doivent donc être envisagés sur le long terme.

Pourquoi ne pas interdire totalement le Cadmium dans les engrais ?

Parce que le Cadmium est naturellement présent dans certaines roches phosphatées. Obtenir des engrais totalement exempts de Cadmium est donc difficile. Plus le seuil est bas, plus les contraintes d'approvisionnement, de traitement et de coût deviennent importantes.

Sources officielles et scientifiques

Ces informations sont générales et ont pour objectif d'expliquer l'évolution de la réglementation et des connaissances sur l'exposition au Cadmium. Elles ne remplacent pas un avis médical.