Vous versez l'eau bouillante, vous attendez quelques minutes, et vous obtenez votre tasse de thé. Mais ce que vous savez peut-être moins, c'est que certains thés peuvent contenir de petites traces de Cadmium. Bonne nouvelle : à consommation normale, ce n'est pas là que se jouent les enjeux les plus importants de votre exposition quotidienne — et on vous explique pourquoi.
Comment le Cadmium arrive-t-il dans votre tasse de thé ?
Pensez au théier comme à une éponge vivante. Planté dans un sol, il absorbe l'eau, les minéraux utiles à sa croissance… et parfois aussi du Cadmium naturellement présent dans le terrain, ou déposé au fil des années par des engrais. Ce métal remonte depuis les racines jusqu'aux feuilles. L'Anses confirme que c'est cette voie racinaire qui constitue la principale entrée du Cadmium dans les plantes de notre chaîne alimentaire.
Tous les thés ne sont pas égaux face à ce phénomène. La teneur en Cadmium varie surtout selon l'origine géographique du thé, la nature des sols de plantation, les pratiques agricoles et les engrais utilisés, l'âge des feuilles récoltées, et même le type de thé ou de tisane. Un thé cultivé sur un sol peu contaminé contiendra beaucoup moins de Cadmium qu'un thé issu d'une région aux sols plus chargés. L'origine géographique, c'est la variable numéro un.
Et voici une information rassurante : même lorsque des feuilles de thé contiennent du Cadmium, une bonne partie reste piégée dans les feuilles solides et ne passe jamais dans votre eau. Le transfert feuille → tasse est partiel. Ce n'est pas zéro, mais c'est sensiblement moins que ce que les feuilles sèches contiennent.
Le thé, source secondaire de Cadmium — les études le confirment
Voici la question que tout le monde se pose : "Est-ce que mon thé du matin m'expose vraiment au Cadmium ?" La réponse des chercheurs est claire : à consommation normale, le thé représente une source secondaire dans notre alimentation, loin derrière d'autres aliments du quotidien.
Une grande étude canadienne, la cohorte MIREC, a suivi près de 2 000 femmes enceintes et comparé les taux de Cadmium dans leur sang selon qu'elles buvaient du thé ou pas. Résultat : les concentrations de Cadmium étaient similaires chez les buveuses et les non-buveuses. Le thé ne ressortait pas comme un facteur d'exposition significatif pour ce métal.
Alors, qu'est-ce qui contribue vraiment à notre exposition au Cadmium ? Selon l'Anses, ce sont avant tout les céréales, le pain, les pâtes, le riz, les pommes de terre et certains légumes qui constituent l'essentiel de nos apports. Les abats et les coquillages sont aussi naturellement plus concentrés, de même que le chocolat noir pour les grands amateurs. Le thé arrive loin derrière tout ce beau monde.
Vous voulez estimer votre exposition selon votre alimentation ? L'outil prend 2 minutes et utilise les données Anses EAT3.
Thé vert, thé noir, tisane : quel est le "moins chargé" ?
La question est légitime, et la réponse va peut-être vous surprendre : il n'existe pas de hiérarchie universelle entre thé vert, thé noir, thé blanc ou tisanes.
Voici pourquoi. Le facteur qui pèse le plus sur la teneur en Cadmium, c'est le sol sur lequel la plante a poussé — pas la couleur du thé dans votre boîte. Un thé vert cultivé dans une région aux sols riches en Cadmium peut très bien en contenir plus qu'un thé noir issu d'un terroir propre. C'est un peu comme deux bouteilles d'eau de source : ce n'est pas parce que l'une est dans une bouteille verte et l'autre dans une bouteille transparente que leur composition est différente. Ce qui compte, c'est la source.
Pour les tisanes (verveine, camomille, menthe…), le même principe s'applique. Les plantes à feuilles, nous explique Thibault Sterckeman, chercheur à l'INRAE, ont tendance à concentrer davantage le Cadmium que les fruits ou les plantes à graines. Mais les quantités qui se retrouvent dans l'eau d'infusion restent mesurées.
Bio ou conventionnel : une question sans réponse simple
Le label bio protège-t-il des traces de Cadmium dans votre thé ? Honnêtement, la réponse de la science n'est pas tranchée.
L'Anses, qui a comparé 214 aliments en version bio et conventionnelle dans son étude EAT3, n'a pas conclu à une différence robuste entre les deux. D'un autre côté, le Dr Pierre Souvet, cardiologue spécialisé sur ce sujet, cite une méta-analyse de 2014 basée sur 343 études, qui estimait en moyenne 48 % de Cadmium en moins dans les aliments bio. Le débat scientifique sur ce point n'est pas tranché.
Ce qui est établi : l'absence d'engrais phosphatés de synthèse dans l'agriculture bio est un argument de poids, car ces engrais sont l'une des principales voies d'apport du Cadmium dans les sols agricoles. Mais un thé bio cultivé sur un sol naturellement riche en Cadmium (phénomène géologique, pas agricole) peut parfois contenir autant ou plus de métal qu'un thé conventionnel d'un sol propre. L'origine géographique reste la variable clé.
Pour approfondir le sujet bio vs conventionnel sur l'ensemble des aliments, consultez notre article : Les 10 aliments les plus contaminés au Cadmium : liste et alternatives.
5 réflexes simples pour savourer son thé en toute sérénité
- 🌍 Variez les origines. Un thé du Japon un jour, une tisane de Provence le lendemain, un thé de Ceylan le surlendemain. La diversification, c'est le premier geste préventif en nutrition.
- 🏷️ Choisissez des thés avec une origine clairement indiquée. "Thé vert bio" sans mention de pays, c'est peu transparent. "Thé vert Sencha, région de Shizuoka, Japon", c'est mieux. La traçabilité vous donne une information que le seul label bio ne fournit pas.
- 🫖 Infusez normalement, sans anxiété. Pas de technique spéciale requise : une infusion classique à 3-4 minutes ne modifie pas sensiblement le transfert du Cadmium par rapport à une infusion plus longue. Profitez de votre tasse.
- ☕ Alternez avec d'autres boissons chaudes. Rooibos, infusion de fleurs de tilleul ou de camomille, eau chaude citronnée… La variété reste votre meilleure alliée.
- 📋 Gardez la tête froide sur la quantité. Une à trois tasses de thé par jour pour la population générale, c'est une consommation tout à fait ordinaire qui ne nécessite aucune mesure particulière.
Envie de comparer le thé aux autres aliments de votre quotidien ? Notre liste des aliments pauvres en Cadmium vous donnera des pistes concrètes pour composer votre assiette en confiance.
FAQ
Le thé contient-il beaucoup de Cadmium ?
Non, pas vraiment — du moins pas dans les conditions habituelles de consommation. Les niveaux dépendent surtout de l'origine du thé et de la qualité des sols de plantation. Une bonne partie du Cadmium reste dans les feuilles et ne passe pas dans votre tasse. Le thé ne fait pas partie des aliments les plus préoccupants identifiés par l'Anses pour les Français.
Y a-t-il une différence entre thé vert et thé noir en matière de Cadmium ?
Pas de façon systématique. Ce qui fait vraiment la différence, c'est l'origine géographique du thé et la qualité du sol de plantation, bien plus que la variété (vert, noir, blanc, oolong). Un thé vert d'une région contaminée peut contenir plus de Cadmium qu'un thé noir cultivé sur un sol propre.
Le thé bio est-il moins chargé en Cadmium que le thé conventionnel ?
C'est une question qui divise les scientifiques. L'Anses, dans son étude EAT3, n'a pas trouvé de différence globale robuste entre bio et conventionnel. Une grande méta-analyse citée par le Dr Pierre Souvet suggère en revanche jusqu'à 48 % de Cadmium en moins dans le bio. En pratique, mieux vaut un thé conventionnel d'un sol sain qu'un thé bio d'un sol naturellement riche en métaux.
Les femmes enceintes peuvent-elles boire du thé ?
Pour le Cadmium spécifiquement, l'étude MIREC menée sur près de 2 000 femmes enceintes n'a pas trouvé de différence dans les taux sanguins entre buveuses et non-buveuses de thé. D'autres raisons comme la caféine ou l'absorption du fer peuvent amener certaines femmes à modérer leur consommation pendant la grossesse — votre médecin ou sage-femme reste le meilleur interlocuteur.
Quelle boisson chaude choisir pour limiter son exposition au Cadmium ?
Il n'existe pas de classement qui désignerait une boisson chaude "zéro Cadmium". La meilleure approche est simplement la variété : alterner thé, tisanes, rooibos, infusions de fleurs… À consommation raisonnable, aucune de ces boissons ne représente un contributeur majeur par rapport aux aliments solides de votre quotidien comme le pain, les pâtes ou les pommes de terre.
Sources
- Anses — Cadmium : réduire son exposition (mars 2026)
- Anses — Étude de l'alimentation totale EAT3 (février 2026)
- Santé publique France — Étude Esteban (juillet 2021)
- EFSA — Cadmium in food : dose hebdomadaire tolérable (mars 2009)
- Règlement (UE) 2023/915 — Teneurs maximales en contaminants dans les denrées alimentaires (avril 2023)
- Le Monde — Interview du Dr Pierre Souvet, cardiologue (avril 2026)
- INRS — Fiche toxicologique FT 60 — Cadmium et composés (mars 2022)
Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical.